samedi 13 février 2016

#5 - De l'art de trouver sa place dans la société, version 2, dis donc !

Hey mon Ami,

Nous revoilà au billet initial que je voulais poster la semaine dernière. Attention, attention, billet extrêmement subjectif ^^ (je préviens, hein, je n'ai pas la science infuse)
Trouver sa place dans la société... Vaste programme, hum ?

La société "est un groupe d'individus unifiés par un réseau de relations, de traditions et d'institutions" (d'après Wikipédia, hein, m'enfin ce n'est pas trop trop compliqué). Donc suivant cette définition hautement philosophique, ça commence dès le plus jeune âge, avec cette charmante invention fort utile : l'ECOLE. Cette fantastique institution où, au milieu de la table du 7, de la conjugaison du verbe coudre à la première personne du pluriel du plus-que-parfait et de la confection de l'herbier suite à la dernière classe verte, on apprend la vie, les relations toujours sympathiques avec ses collègues, les leçons du maître ou de la maîtresse... et on tente déjà tant bien que mal de trouver sa place...
Faut dire que, passé la maternelle et son monde de Bisounours où tout le monde est un copain potentiel, la primaire et le collège peuvent être bien rudes, si l'on est un tantinet "différent" : si tu es plus grand, plus petit, plus gros, plus maigrichon, plus roux, plus boutonneux, plus investi..., on t'appellera la tige, le nain, le gros, le fil de fer, la carotte, la calculatrice, le chouchou... et on essaiera de ne surtout pas être ton copain ! Imaginez ma jeunesse quand, à 9 ans, j'étais brûlée, avec appareil dentaire et acné juvénile, et première de classe... Une vraie sinécure, j'étais hypeeeeeeer populaire ^^ 

Voilà voilà voilà... Populaire que j'vous dis !
Dès le plus jeune âge, enfin, à partir de 7 ans environ, on est soumis au regard des autres, à la nécessaire normalité pour passer inaperçu ou à la constance si l'on est différent : un gros ne deviendra jamais fil de fer, un chouchou ne sera jamais populaire. Chacun reste à sa place et les hippopotames seront bien gardés. Ce qui fait que l'on traîne une réputation jusqu'au sacro-saint lycée ("oué, hein, tu verras hein, le lycée c'est trop cool, hein, tu peux être qui tu veux, hein, tout le monde s'en fout, oué" dixit la lycéenne mâchant son chewing-gum). Et puis, on va au lycée (donc, ou ailleurs) et on réfléchit (ou pas) à ce qu'on va faire de sa vie, à quel métier on va se destiner... Et là... C'est le drame !

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(Oui je sais, je l'ai déjà mis, mais je l'aime tellement cette demoiselle !)
Car ne nous leurrons pas, c'est difficile. Difficile de savoir ce que l'on veut faire, quelles ambitions on a... et quelles valeurs on a aussi, tout simplement. Et les choix que l'on faits à 18-20 ans, dans la fougue de l'âge et l'envie d'émancipation, ne sont parfois pas ceux que l'on ferait à 30 ans, parce qu'on peut beaucoup changer en une dizaine d'années (moi c'est graaaaaaaaave le cas ^^).
A 20 ans, on a tendance à obéïr aux tendances sociétales. Le modèle que l'on voit encore majoritairement actuellement est celui de nos parents, celui des Trente Glorieuses et du Plein Emploi : on travaille dur 39 heures par semaine minimum dans un boulot qui doit nous passionner (et si t'aimes pas, tant pis), on s'endette pour acheter une maison avec jardin, pour y mettre un barbecue, une balançoire pour les deux enfants, une niche pour le Golden Retriever couleur sable, on achète un monospace familial ("avec un cercle en plastique on appuie dessus ça sort ça fait porte-gobelet"), on part au ski en février si on peut, on part à la mer l'été.


Ca paraît hautement caricatural ce que j'écris, mais c'est pourtant ce que je vois autour de moi. Je précise que je ne juge pas : je crois que c'est un modèle qui rassure, parce que c'est celui qui a bercé notre enfance (qu'on l'ait vécu ou non), parce que c'est celui que nos parents voulaient/veulent pour nous, parce que c'est encore ce qu'on nous présente comme idéal. Mais c'est également un modèle de plus en plus difficilement atteignable et générateur de beaucoup de frustration.

Regardez dans mon cas : j'ai choisi les études longues et un système universitaire où le premier CDI est rarement signé avant ses 32-35 ans. Ce qui fait que l'achat une maison (ou même juste un appartement) est retardé car nos chers banquiers ne veulent pas trop prêter d'argent à des gens sans CDI, donc la "procréation" recule également, donc l'achat de monospace aussi, etc. Alors qu'en parallèle, nos copains qui ont fait un BTS ou même une école d'ingé sortent diplômés avant 25 ans, se marient avant 28 ans, achètent avant 30 ans (s'ils travaillent, of course), font tous leurs gamins avant 35 ans. Être invité(e) au baptême du p'tit de tes copains quand toi, tu n'as toujours pas soutenu ta thèse, ça peut faire drôle ^^ Oui, j'ai choisi tout ça : mais j'ai choisi quand j'avais 18 ans, pas 29...

Et même sans parler de moi : z'avez déjà essayé d'acheter une maison à Toulouse par exemple ? Un appartement avec 2 chambres à Paris ? Honnêtement, qui peut se vanter d'avoir acheté sur moins de 20 ans un bien suffisant pour accueillir 2 enfants et une chambre d'amis ? Les prix sont incroyablement hauts (400 000€... 400 000€ !!!), quand nos salaires ne sont pas bas mais pas extraordinaires non plus. Moi, je ne vois pas trop trop comment atteindre le modèle de la famille Nutella qu'on nous envoie. Et puis... et puis... et puis, en fait je crois que je n'en ai plus envie...

Que faire quand le modèle lambda de notre société  ne nous convient pas/plus, parce qu'on ne peut ou veut pas le suivre ? Comment s'intégrer dans un système traditionnel en étant différent ? Nous sommes très nombreux de nos jours à quitter, volontairement ou non, le modèle Nutella. Alors qu'est-ce qu'on fait ?


Je vais vous donner la seule connaissance que j'ai : mon expérience. Bizarrement, je ne suis pas très inquiète de ne pas être Nutella : mes parents le sont suffisamment pour moi, hihihi ! J'envisage tout différemment : j'ai peu d'argent, mais je vis bien (merci merci, l'assurance-chômage !), alors un salaire à 1500€ serait chouette (techniquement, un BAC+8 peut toucher beaucoup plus... encore faudrait-il qu'on l'embauche !). Du coup, je cherche un emploi dans plein de domaines différents, ne me limitant pas aux postes de "cadres" à "responsabilités" : pour moi, le luxe n'est plus l'argent que l'on accumule ou dépense dans tous les sens, ni l'espace dans ma maison, mais simplement le TEMPS. Dormir davantage, prendre le temps de cuisiner, de faire du cerf-volant, de lire un bon bouquin, de créer, dessiner, bricoler... Après des années d'égocentrisme nécessaire à de longues études, je m'ouvre aux autres et m'enrichis de choses qui ne s'achètent pas : des sourires, des discussions plus profondes, des yeux qui pétillent, des soirées improvisées... Je m'interroge sur les associations que je pourrais rejoindre. Bref, je deviens une hippy, à la vie simple (oué, même que je deviens végétarienne bio). Bon, bien sûr, de temps en temps, mes envies de shopping effréné reviennent, mais 1) ma gentille banquière me ferait les gros yeux et 2) en fouillant dans mon placard, j'arrive à me satisfaire en mélangeant différemment fringues et chaussures (du neuf avec du vieux, quoi).

Tout le monde ne me suit pas : on me regarde bizarrement quand je dis que je veux manger moins de viande, voire plus du tout (alors que je n'aimais déjà pas trop ça gamine, c'est pas non plus un gros changement ^^) ; certaines copines ne comprennent pas mon détachement de la mode (sans pour autant me détacher de mon look : je ne porte pas de sac en toile de jute, hein) et du style actuel (mais c'est quand même beau chez moi) ; on me plaint quand je suis à vélo ou en bus et qu'il pleut ; etc. Mais l'essentiel est que je sois bien dans ma tête, en accord avec mes valeurs. Et finalement, en ouvrant les yeux, je découvre que je ne suis pas seule à vouloir vivre de cette manière : à la société Nutella s'ajoutent différentes autres sociétés parallèles ! Vous vous rappelez de la série Sliders ? ^^

Han, j'étais amoureuse de Jerry O'Connell <3
Est-ce que ça va durer ? La condition sine qua none est de trouver un métier en accord : je ne suis pas à l'abri de replonger dans ce monde qui court et de rêver de nouveau à mon pavillon et mon Golden Retriever, de mon prochain voyage en all include, de ce qui sera "mieux après". Je ne suis pas à l'abri de revêtir de nouveau mon costume de fourmi et de m'éloigner de mon modèle de "figale" (lecture que je recommande qui parle de soi, mais aussi et surtout de l'éducation de nos enfants). Tout le défi repose ainsi sur ma recherche d'emploi... dont je parlerai dans mon prochain billet !

Allez, Grobisou !


jeudi 4 février 2016

#4 - De l'art de trouver sa place dans la société (dis donc)

Hey mon Ami,

J'ai le coeur un peu lourd ce soir. J'avais pour ambition d'écrire un article sur la place que l'on se fait dans notre société, d'un point de vue professionnel. Et puis, j'ai regardé France 2 et ce formidable téléfilm "Ne m'abandonne pas" : l'histoire d'une gamine embrigadée, radicalisée, perdue, qui veut partir en Syrie. Et puis, j'ai enchaîné sur le pseudo-débat qui suivait, attristant. Et puis, j'ai enchaîné sur Infrarouge "les Français, c'est les autres" :  et c'est là que j'ai versé ma larmichette. Parce qu'entre le début et la fin de la soirée, tout est finalement lié, imbriqué. Ces gamins embrigadés qui quittent un pays qu'ils ne comprennent plus (pour de sombres raisons, malheureusement).

Le fou programme de ma soirée...
Trouver sa place dans la société, au sens large, donc. Je ne parle pas simplement de ces fameux "jeunes des cités" dont les médias nous rebattent les oreilles, qui souffrent d'une mise à l'écart et d'une stigmatisation déplorables, mais de tout un chacun. Je discute souvent avec des amis, ma famille, des connaissances (oui j'aime bien discuter, surtout des sujets qui fâchent), et je suis toujours surprise de la véhémence, de la colère, de l'inquiétude qui peut exister, même chez des "blancs bien Français, bien sous tout rapport". Actuellement, ce que je vois, ce sont des "blacks" qui ne trouvent pas leur place et, avouons-le, qu'on regarde d'un oeil chelou. Ce sont des arabes, musulmans ou non, que l'on regarde encore plus de travers depuis Charlie et le 13 novembre. Ce sont des juifs qui se sentent menacés. Ce sont des "blancs", qui, en tout cas pour certains extrêmes, ne se reconnaissent plus (paraîtrait qu'être Français à la base, c'est être blanc judéo-chrétien, dixit de drôles de vidéos...). Ou d'autres blancs qui ne savent plus où se mettre, ni où regarder. Déjà, je suis vachement emmerdée parce que je ne sais même pas où je devrais mettre des majuscules : Black/black ? Arabe/arabe ? Juif/juif ? On m'avait appris à l'école qu'on mettait une majuscule quand on parlait des habitants d'un pays : Français. En fait, ce que je vois à travers tout ça, ces maladresses, ces "mal-être", c'est ce fameux "malaise identitaire". Alors moi, j'ai une grande question et je suis vraiment ouverte à vos réponses : 

c'est quoi "être Français" en 2016 ? 

Je ne parle pas de 1915, 1930 ou n'importe quelle date pré-flux migratoires, pré-monde numérique, pré-mondialisation, pré-blablabla... Non, 2016. C'est quoi être Français quand on a la nationalité française en 2016 ? Pourquoi y a-t-il autant de malaise au sein d'une même population ? Pourquoi y a-t-il autant d'a priori et de méfiance ? Car avouez-le, nous ne nous promenons pas tellement sereinement dans nos rues, si ? Nous ne nous asseyons pas sereinement à côté de ce voisin inconnu dans le train, si ? Et... nous avons vachement de mal à en parler..., non ?


Mon idée, que vous qualifierez peut-être d'idée de bobo-blanche-nantie-bisounours-docteur-élitiste-connasse (vous en penserez bien ce que vous en voudrez - ah, j'oubliais, gauchiste), est que la notion d'"être Français" n'a pas évolué aussi vite que notre société. Alors oui, les guerres sont finies, oui, en France, on n'a plus faim (quoique), oui, on a H&M et MacDo, et on n'a pas à se plaindre comparé à la misère du monde (quoique pour H&M et MacDo, y a discussion - blaaaaague). Mais ça n'empêche : en une trentaine d'années, on a assisté à des guerres froides, des fractures sociales, des krachs boursiers, à la mondialisation (certains diraient l'Américanisation), la surconsommation, à la révolution numérique, à l'immigration de peuples fuyant des situations catastrophiques par vague... La France et l'"être Français" de mes parents ne sont pas les mêmes que les miens, moi presque-trentenaire. Un monde a changé complètement entre nos deux générations ! Alors, être Français est-ce vraiment encore être blanc et catholique ? Regardons ces deux points. Cette vision archaïque ne tient absolument pas compte des 500 000 Juifs Français (put*** de majuscules ^^), des 5 000 000 de Musulmans, des 10 000 000 de Catholiques plus ou moins pratiquants (auxquels il conviendrait peut-être d'ajouter les baptisés non pratiquants, mais j'ai un doute), sans compter le nombre non négligeable de Protestants, et toutes les autres Religions Existantes comme... ben l'Athéisme et ses 20 millions d'adeptes ("oui, comment tu peux dire que l'athéisme c'est une religion, t'abuses" - Non, c'est mon avis - chiffres Wikipedia sourcés, l'estimation du nombre de pratiquants de chaque religion étant approximative puisque la religion relève du domaine privé dans notre pays laïc). Cette vision ne tient pas non plus compte de la multitude d'origines des Français d'aujourd'hui. Car les enfants des vagues d'immigration des années 50-60 sont nés en France et sont donc Français. Le seraient-ils moins que d'autres, Français depuis plusieurs générations ? WTF, bien sûr que non. Mais pourquoi certains gamins de lycée de banlieue et de parents immigrés se sentent pourtant moins Français que le Français de Paris intra-muros ou du fin fond de l'Ariège (cf documentaire Infrarouge) ?

Et parlons peu, parlons bien : la couleur de peau. Ma grand-mère m'avait dit un jour, sur un ami d'origine éthiopienne, que "quand même, il est un peu trop noir". Pardon Mamy, je t'aime fort, mais ça ne t'empêche pas malheureusement de sortir de drôles d'âneries parfois... Mamy est née en Lorraine à la fin des années 20. A grandi dans une petite ville ouvrière lorraine. N'a que très peu travaillé pour s'occuper de ses enfants en culottes courtes. Et... n'a pas bougé de la ville dans laquelle elle a grandi. Niveau contact avec l'extérieur, on a fait mieux. Ciel, une famille noire débarque dans sa ville : stupeur et tremblement. Ouhlala, une famille maghrébine débarque ensuite : diantre ! Fichtre ! On peut imaginer sa surprise de blanche parmi les blancs. En 2010, je donnais des cours à un gamin qui allait dans un collège privé bordelais et il m'a un jour dit une phrase qui m'a glacée : "moi les noirs et les arabes, si je veux en voir, je sais où aller, dans le rayon discount de chez Carrefour"... 14 ans en 2010 et le gamin me sort une phrase pareille ! Comment, nous, adultes, en 2016, pouvons-nous être toujours marqués par la différence de couleur de peau ? On n'a pas internet depuis 15 ans ? La télé depuis 45 ans ? Et... tout simplement des yeux et un cerveau ? J'ai été marquée par le travail génial d'une artiste madrilène, Angélica Dass, et son Humanae : en associant la couleur de peau de centaines de personnes à leur teinte dans un nuancier Pantone, elle a pu montrer que les limites Black-Blanc-Beur étaient floues, qu'il y avait finalement peu de différences d'une "catégorie" à une autre, et que même un Blanc pouvait avoir des centaines de carnations différentes. Ca fait réfléchir, non ? Ah, et question : je suis brûlée sur gavé de centimètres carrés, ce qui m'offre un joli camaïeu de rose-beigeasse-un-poil-marron... Suis-je encore blanche ? (oui, je sais, la démonstration par l'absurde, y a mieux)

Tellement différents, tellement pareils...
Nous sommes finalement tous dans le même bateau, quelle que soit notre peau. Et nous traitons différemment notre vision de ce bateau, selon notre religion (et encore). Mais nous sommes avant tout Humains, comme le montre notamment le fantastique "Human" de Yann Arthus-Bertrand. Alors pourquoi ne pas laisser les gens faire ce qu'ils veulent ? Et pourquoi ne pas appliquer une sage parole biblique, à valeur universelle : "Aimez-vous les uns les autres" (Jean 13:34) ? C'est niais-bobo-bisounours, mais ce serait teeeeeellement chouette si ça marchait. 

"La tolérance ne se décrète pas, c'est un travail quotidien"
(François Lenglet, L'Angle Eco du 04/02/2016)

Allez, Grobisou !

lundi 1 février 2016

#3 - C'est quoi ton métier, dis donc ?



Hey mon Ami,

A nouvelle insomnie, nouveau billet. Bon, je triche, celui-là me trottait quelque peu dans la tête depuis quelques jours ! Mais je profite d'un désintérêt total du marchand de sable pour ma petite personne pour enfin le mettre au propre. 1h30 (bien avant potron-minet), billet #3, c'est parti !
Moi c'est au chat que je parle dans ces cas-là...
Je suis au chômage, z'allez me dire "beh tu cherches dans quelle branche ? C'est quoi ton métier ?" Et c'est là que le bas blesse. Car avant d'être un métier, être chercheur est une vocation, une passion. Flash-back sur ma formation...

J'ai 14 ans, toutes mes dents (sauf les dents de sagesse) et une ambition à toute épreuve : après tout, on n'a pas grand chose à perdre à rêver quand on a 14 ans. On m'a parlé de Marie Curie : je commence à dévorer tous les écrits à son sujet, je rêve de touiller la pechblende qu'elle tripotait, d'être meilleure que le meilleur des hommes, d'améliorer le monde qui m'entoure... Elle m'impressionne ! Alors je rêve grand. Deux personnes centrales de ma vie d'alors m'encouragent : Papy me fait bosser les mercredis, Mamy parle de moi à tout le monde en disant fièrement : "elle ira loin ma p'tite fille". Et puis, pouf, la vie me rappelant qu'elle n'est pas toujours rose me retire ces deux soutiens en quelques mois. Mais je leur promets que j'y arriverai...

J'ai 18 ans, je me lance dans le monde universitaire, parce que je le trouve noble, égalitaire, méritocratique. Et Marie Curie n'était pas ingénieur, à ce que je sache... La licence m'ébranle une première fois : pas facile de valider des matières que tu ne comprends pas ! Est-ce que je suis vraiment faite pour ça ? A quoi ça rime ? Mais... j'ai de nouveaux soutiens, parmi lesquels des professeurs. Et puis, ça ira mieux après. Je quitte mon pays lorrain natal pour rejoindre le Bordelais : 35 heures de cours par semaine, 25 heures de boulot pour pouvoir vivre, 20-30 heures de potassage de cours... 

Piouuuu, la fac et le boulot, ça fatigue ^^
Hard core, mais je tiens : ça ira mieux après... Et zouh, j'ai un master en poche. Mais je ne sais pas si je dois faire une thèse : à quoi ça servirait, la crise est déjà là et la chimie va mal ? En même temps, quel boulot atteindre en étant chimiste organicienne de formation, sans expérience ? Je me sens si petite, si insignifiante, mais on me dit que je suis faite pour la recherche, que je serai talentueuse. Alors j'y vais. J'ai 23 ans et je pars à Toulouse, pour la dernière étape de mon cursus universitaire. Mine de rien, l'état d'esprit est différent de celui de mes 18 ans : la fatigue s'accumule, les déceptions aussi. Et la thèse n'aidera pas. 

Car être doctorant(e) en chimie, c'est beaucoup de solitude, debout à sa paillasse : des heures de purification de produit, des manips que l'on suit avec amour et qui ratent immanquablement, des essais, encore, des remises en question ("attends, pourquoi c'est vert alors que ça devrait être bleu ? Qu'est-ce que j'ai fait de travers ?" - probablement rien, mais c'est un réflexe de croire que c'est sa faute). C'est également courir entre les encadrements de stagiaires pas toujours au top, les encadrements de TP de licence (avec des p'tits jeunots qui t'appellent "Madame"), les formations obligatoires ("comment présenter son CV", "comment répondre lors d'un entretien", "outils pédagogiques"...), les associations (oui, c'est bien vu d'être dans un bureau d'asso), les conférences et autres séminaires. C'est corriger des TP le week-end, ou rédiger un papier/une comm/un poster. Mais, récompense, des fois, tu pars en congrès et ça c'est chouette !

J'me la pète à Philly :)

Tu vis thèse, tu manges thèse, tu dors thèse... Tous tes potes du moment sont thésards : les autres ne comprennent pas toujours ton quotidien... Tu stresses, parce que tout ça repose sur toi et sur ta motivation. Et une petite voix te dit : "et ma chérie, c'est pas fini, c'est le boulot qui veut ça. La recherche, c'est ça !" Glurps. Aïe. Ah bon ? Je ne vais jamais toucher terre ? Je vais courir en permanence ??? Mais ça, c'est après : pour le moment, tu continues, tu as un défi à relever. Pour ma part, je comptais les mois qui me séparaient de ma soutenance, en me disant que ça irait mieux après. Encore...

A noter que pendant tout ce temps, j'ai essayé de mener une vie normale : un petit copain, puis un autre ("THE ONE", remember ^^), des amis, des sorties où l'alcool coule à flot, un brin de shopping... Mais la famille, lointaine, doit patienter. Au début, ça va. Au fur et à mesure, ça pique... Et puis les années passent, tu dépasses les 25 ans, âge où tes premiers amis se marient, s'installent...

Mais la soutenance arrive. On est content et on enchaîne sur un post-doc car on ne s'arrête jamais à une thèse si on veut espérer avoir un poste un jour. Eeeeeeeeeet oui : tu as BAC+8, mais des centaines de personnes du monde entier également et les postes à pourvoir sont rares, alors la bataille fait rage. Il faut les meilleurs papiers, être parti à l'étranger, être revenu, avoir fait de bons congrès. Avoir la niaque. Malheureusement pour moi, c'est là que les pauvres restes de la mienne ont fondu... Je trouvais mes manips vaines, j'avais du mal à comprendre mon monde. La recherche en France ne roule pas sur l'or : il fallait en permanence faire attention aux dépenses et chercher des bourses, des financements, à droite, à gauche. C'était usant. Mes rêves de Marie Curie me paraissaient si loin... Je sacrifiais ma famille, mon bien-être au quotidien pour un espoir de "ça ira mieux après" toujours plus lointain. Je me sentais nulle, mauvaise, pas à ma place. Carrément con. Je tombais malade tous les mois, j'étais grassouillette. Et, truc de filles, je n'étais jamais fichue de garder un vernis à ongle nickel ! ^^ 

Ahummm...
Alors j'ai décidé qu'il me fallait une pause. Pour respirer, vivre un peu, prendre le temps de voir ma famille, mon chéri et sa petite puce (oui, je suis belle-maman), mes copains et leurs enfants. Pour faire du sport, manger sainement. Pour (re)définir mes priorités, mes envies, (ré)écouter mes ambitions, rêver de nouveau. Pour reprendre confiance en moi. Et me décider à changer de vie, de voie. C'est le plus difficile : je ne suis même pas sûre d'être capable de le dire à haute voix. "Je veux changer de carrière". Pour faire quoi ? De nombreuses possibilités s'offrent à moi, c'est l'avantage d'avoir un diplôme de docteur : je vous en parlerai plus tard. Mais il faut noter que je suis chanceuse d'être française : Pôle-Emploi est très compréhensif et les allocations, même peu élevées, permettent de prendre le temps de choisir sereinement...

Quand j'en parle autour de moi (oui, je commence timidement à le faire), on me dit "mais tout ça pour ça ? T'as 28 ans, tu fais 8 ans d'études pour un job que tu ne veux plus faire ? Et ça te fait pas mal ?" Non. Et pour mieux l'expliquer, je reprendrai les mots d'une blogueuse docteur qui a très bien décrit la situation : 

"Être Docteur c'est une fierté personnelle, un délicieux souvenir. Un rite initiatique de la vie. Mais c'est surtout un moyen d'ouvrir ton esprit, de développer ta culture et être plus ouvert au monde. Au final je ne te recommande pas la thèse et je ne te la déconseille pas. La thèse m'a appris la polyvalence, l'autonomie et m'a donné un potentiel. Choses que j'ai dites à mon recrutement: je n'ai pas de compétence précise, j'ai un potentiel de malade.
Si tu fais ce choix, sois conscient que cela sera dur, fatiguant et que tu découvriras qui tu es vraiment. Comme j'ai signé mes remerciements, une fois fini, c'est le premier jour du reste de ta vie."
Bon, moi, j'ai poussé jusqu'au post-doc, mais l'idée est la même. Je veux garder cette phrase : "je n'ai pas de compétence précise, j'ai un potentiel de malade". Voilà, vous savez tout, ou presque... Je vous laisse : il faudrait que j'aille dormir un peu pour profiter pleinement du premier jour du reste de ma vie ;)
Allez, Grobisou !

jeudi 28 janvier 2016

#2 - T'es qui Toâ, dis donc ?

Hey mon Ami !

Bon, techniquement, vous qui lisez ce texte là-maintenant-tout-de-suite, vous me connaissez, pis souvent depuis longtemps, puisque vous avez cliqué sur le lien que j'ai mis sur mon profil Facebook, afin d'atterrir en douceur ici, sur ce billet passionnant. Oui, mais... Peut-être que 1) en fait, vous m'avez un jour ajoutée sur FB sans trop vérifier mon identité, 2) vous avez été récemment heurté par une météorite contenant de la kryptonite verte et vous avez ainsi perdu votre super pouvoir de mémoire (mais c'est peu probable) ou 3) vous êtes arrivé sur mon blog par le plus grand des hasards (mais c'est encore moins probable). Auquel(s) cas, une petite présentation s'impose.

Je naquis par une froide nuit d'hiver début 1987 (arf, c'est déjà si loin) et mes parents se sont dit "tiens, on va l'appeler avec un prénom imprononçable pour toute personne autre que française, qui rime avec prison" : Alison. Franchement, c'est joli, mais ce n'est pas toujours facile à porter : voilà mon premier traumatisme d'enfance ^^


... et c'est pas comme si Jordy avait décidé de sortir un put*** de single avec mon prénom en version anglaise...

J'ai un peu grandi et, en bonne scientifique que j'étais déjà, j'ai décidé de rencontrer de près une casserole d'eau bouillante, histoire de voir si elle n'avait pas des choses intéressantes à me raconter. Visiblement, mes questions l'ont vexée puisqu'elle a décidé de me brûler aux 2ème et 3ème degrés. Punaise, déjà que j'avais un drôle de prénom, maintenant on pouvait même m'appeler Double Face : voilà mon deuxième traumatisme d'enfance ! (le surnom, hein, la brûlure, c'était de la rigolade... ouiiiii, bon, ou pas)

Pffff, genre y'a une ressemblance, quoi... ^^

N'empêche que ça ne m'a pas refroidie (mouarf), puisque j'ai voulu continuer ma vie de scientifique : j'ai été bonne dans la trilogie école-collège-lycée, puis je suis partie à l'université contre l'avis parental (qui me rêvait ingénieur - quand je vois le monde du travail aujourd'hui, je comprends mieux). Et là, j'ai fait le Grand Chelem : Licence (à Nancy), Master (à Bordeaux), Doctorat (à Toulouse). Paf, fastoche : voilà mon troisième traumatisme, même si là je n'étais plus une enfant.  Car oui, la thèse, c'est assez violent : 3 ans de boulot intense, beaucoup de week-ends et de vacances sacrifiés, une famille qu'on ne voit plus, beaucoup de bière et de café, une tête dans le guidon non stop, des kilos qui s'installent et qui repartent aussi vite (pour mieux revenir, les gredins !). Bref, du bonheur. Mais lors de la soutenance, c'est une LIBERATION ! Pour moi, ce fut le mardi 21 janvier 2014, à 9h. Une soutenance, des questions, des clap-clap, un papier, des clap-clap, un pot, des cadeaux, des clap-clap, un resto, un dodo enfin reposant. Pis un nouveau titre aussi : Docteur ès Sciences. C'est aussi de là que vient mon surnom "DocLison" que vous verrez dans chacune de mes interventions en ligne, quelle soit sur ce blog, sur Instagram ou ailleurs.

Ouep !
Bon, en soi, ça ne change pas fondamentalement sa vie de devenir Docteur. Surtout qu'en France, on continue à nous appeler "Mr" ou "Mme" alors qu'en Allemagne, on nous sortirait du "Herr Doktor" ou "Frau Doktor", ce qui est tout de même vachement plus la classe. Et comme on ne va pas vivre sur un titre et qu'il faut travailler, j'ai eu la chance de trouver dans la foulée un CDD, un post-doctorat comme on dit chez nous, pour continuer ma recherche. Oh, chance, il s'est déroulé à Toulouse, dans un autre labo : pratique quand on a rencontré "THE ONE" pendant sa thèse et qu'on n'a pas trop trop envie de partir tout-de-suite-là-maintenant (je l'eus fait s'il eût fallu le faire ^^). Et j'ai arpenté les couloirs de ce beau labo pendant 20 mois, et paf, fin de contrat et... oh... ben... mince... que m'arrive-t-il ?... Le chôm-quoi ? Le chômage ? Gné ? Et oui, pour la toute première fois en 28,5 ans (enfin, surtout les 10 dernières années), je me suis arrêtée de courir. Je vous garantis mon Ami que ça fait un choc ! Sachant qu'en plus d'arrêter de faire courir mes gambettes partout, j'ai aussi changé de vitesse dans mon cerveau et je me suis rendu compte non sans surprise qu'en fait... je n'avais jamais vraiment pris le temps de choisir ce que je voulais faire de ma vie...

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Et voilà mon Ami, la boucle est bouclée, nous revoilà au billet #1 de ce blog ! Vivement le billet #3, hein ?

Allez, Grobisou !



#1 - Beh c'est quoi ce blog, dis donc ?

Hey mon Ami !

Vous allez me dire : "beh, tu n'avais pas un autre blog, avant ?"

Déjà, z'allez me parler mieux que ça, non mais ^^
Bon, sinon, si si, j'ai un autre blog, qui existe toujours et que l'on peut visiter ici, bien que je ne l'alimente plus depuis un moment. J'ai eu envie de le faire suite à un changement de mode de transport : après des années de tram-métro-bus et quelques mois de voiture, je suis passée au vélo. Je travaillais beaucoup à cette époque et j'en avais marre de passer soit beaucoup de temps dans les transports, soit beaucoup de temps dans les bouchons, à dépenser une fortune en essence pour alimenter ma familiale alors que j'étais seule dedans. Quoi de mieux que le vélo pour être totalement libre ? Et celui-ci est même assisté électriquement, pour soulager l'effort qui m'était nécessaire pour parcourir, tout de même, 20 à 35 km par jour. Comme je trouvais que je vivais des choses formidables assise sur ma selle-confort, j'ai voulu en parler à la Terre entière (oui, ne soyons pas modeste, je visais le Monde, à défaut de le conquérir pour le moment, Minus... mouahahah).

Il est canon, mon vélo, hein ?


Vous allez me dire : "beh, pourquoi tu fais un autre blog ?"

Mais ne vous ai-je pas dit de me causer meilleur ?! Rooooh !
Bon, sinon, parce que. Je sais, ce n'est pas un réponse ! Mais il faudrait des lignes, des pages, des heures pour m'expliquer en long, en large et en travers !!! J'ai rêvé ce blog pendant mes nuits d'insomnie ! Blague à part, et pour faire court, ce premier acte économique et écologique a déclenché une avalanche de changements et de remises en question de mes habitudes. Et en plus, depuis bientôt 4 mois, je suis au chômage. Mais le vrai chômage cette fois-ci, pas celui de ma thèse où je finissais de rédiger, puis soutenais en étant sans contrat. Là, c'est le chômage-que-tu-peux-vite-t'ennuyer-si-t'es-pas-un-tantinet-organisé-et-passionné-dans-ta-life-mais-que-heureusement-pour-moi-que-je-le-suis. 

Ma vie est, je crois pouvoir le dire honnêtement, à un tournant important, un changement de cap, une réorientation, appelez ça comme vous voulez. Et j'ai envie d'en parler, pour avoir vos avis, vos conseils, vos moqueries, votre retour, tout simplement, afin de voir si j'ai raison de changer ou si je me plante complètement. Mes billets traiteront de tout et de rien, de choses complètement personnelles ou de causes nationales, de futilité ou d'existence vitale, de petites détresses et de grands bonheurs dans mon pays de Bisounours. Bref, la Vie, quoi (comme dirait Cali) !

Alors, on y va mon Ami ?

Allez, grosbisou !