mardi 12 avril 2016

#9 - C'est quoi ton demi-travail du moment, dis donc ?

Hey mon Ami,

Ca fait bientôt deux mois que j'ai rejoint un groupe d'enseignement particulier à domicile, une de ces grosses boîtes avec plein de petits bureaux locaux, et je ne vous en ai que vaguement parlé. Puisqu'on me demande ce que je fais, le temps que ça prend, les tâches exactes et... le salaire, laissez-moi aujourd'hui vous en parler un peu (sachant que j'ai les idées d'articles qui se bousculent dans ma petite tête et le temps me manque pour tout écrire :) ). Interview de DocLison par DocLison herself ;)

"Salut Moi, ça va ?" "Ben oui et Moi, ça va ?"

Comment as-tu rejoint X ? C'est difficile d'y arriver ? Parce que, bon, franchement, t'es pas non plus... 

...

Après des semaines de pas-de-réponse suite aux offres, je m'ennuyais ferme sans propositions intéressantes. Une amie d'une amie m'a demandé un coup de main pour sa fille qui connaissait quelques difficultés en mathématiques. Car il faut savoir que j'ai largement financé mes études par des cours particuliers, avant d'être monitrice lors de ma thèse. Bref, l'enseignement, je connais bien.


Et puis, voyant que je prenais plaisir à expliquer à la demoiselle ce qu'était une fonction ou encore un vecteur, et que je rallumais mon cerveau en veille, je me suis dit : "mais pourquoi je ne travaillerais pas pour un groupe d'enseignement particulier ?" Une rapide recherche sur Google m'a donné un bureau toulousain, auquel j'ai postulé directement en ligne : informations standard, diplômes, horaires disponibles, matières abordables... C'était un mardi : deux jours après, la chargée de recrutement du bureau toulousain m'appelait pour un entretien le lundi d'après. Fastoche ^^

Et le jour J, j'ai passé deux heures à compléter des tests validant mes connaissances, à avoir des discussions et des mises en situation validant mes compétences, à écouter le descriptif du groupe. Et pouf, je repartais avec déjà quatre élèves dans mon cartable (au sens figuré, hein, quand même, il est petit mon cartable).

Comment as-tu appris à enseigner ? As-tu été formée ? Parce que, bon, franchement, quand on voit comment tu écris tes articles...

Oh, eh, oh, ça va oui ! 

Mes compétences d'enseignante, je les ai acquises au fur et à mesure, d'abord sur le tas avec mes premiers élèves particuliers lorsque j'étais en licence, puis avec mes étudiants à la fac lorsque j'étais monitrice, sachant que j'ai eu des formations à ce moment-là (parler à des étudiants, la pédagogie, la didactique, toussa toussa). J'ai fait également pas mal d'interventions en vulgarisation scientifique. Et puis, il faut aussi avouer que j'ai toujours aimé transmettre mes connaissances, expliquer, essayer de convaincre de l'intérêt de telle ou telle matière, de la nécessité de s'ouvrir l'esprit :)

Merci Turk et De Groot pour votre formidable Disciplus Simplex !

C'est donc finalement assez naturel chez moi. Et non, je ne me la pète pas ^^

Quelles sont tes journées en tant que prof ? Tu travailles beaucoup ? Et comment ?

Alors j'avoue franchement que pour l'instant, j'ai un rythme DE-TEN-DU : je donne des cours tous les jours, entre 1,5 et 5 heures par jour. 


Au début, il m'a fallu travailler beaucoup à côté, afin de me remettre en tête tous les programmes des cours que je donnais (SVT, Physique-Chimie, Mathématiques notamment), selon les niveaux que je pouvais rencontrer (6è à 1ère S, oui ça pique).

Une fois les premiers cours passés avec mes 4 élèves, j'ai découvert qu'il me fallait mettre au point une organisation bien carrée : une fiche par élève, des appels aux parents les soirs après 19 heures (d'après le règlement de X), des programmes demandés en avance pour être prête le jour J... Sinon j'étais perdue et pas du tout crédible ! (J'ai le souvenir d'un cuisant échec sur les produits scalaires en 1ère S...)

"Et meeeeeeeerdeuuuuuh, c'est quoi au fait ces fichus produits scalaires ???" (sigh)

Bref, des fifiches dans tous les sens, des petits bouquins achetés pour avoir des exercices tout faits, des programmes lus et relus, adaptés, corrigés... et plutôt appréciés ! C'est fou comme ça a changé depuis mon vieux temps ! (c'est pas comme si le programme que j'explique date de 2008... ça nous rajeunit pas, ma bonne dame !) Les sciences sont expliquées avec beaucoup plus d'applications, elles sont tournées vers l'ouverture d'esprit, la connaissance de l'environnement, les notions de risques, de danger... Les "Anciens"diront que les gamins deviennent fainéants et apprennent peu de notions et peu de formules : moi je dirais qu'ils apprennent différemment, moins "tête dans le guidon" qu'avant. Après tout, pas sûre que savoir le sens du champ magnétique dans une bobine soit réellement vital...

Donc, pour être plus précise, une journée type, c'est : un lever vers 8-9h (ça c'est classe), mon petit sport, une mise à jour de mes fiches avec les cours faits la veille, une déclaration en ligne de mes heures (pour être payée), un chapitre préparé (histoire d'avoir un cours sur papier). Un déjeuner léger pris avec mon chéri le midi et zouh, en cours. Les jours où il y a peu de cours, je peux faire mes démarches, avoir des entretiens (APEC, Maison de l'emploi, potentiels emplois...), appeler les services administratifs... ou ma maman, regarder un film, lire un bouquin et surtout, surtout, réfléchir aux voies à explorer, aux concessions à faire, aux projets réalisables ou non. Bref, lentement mais sûrement, j'avance :)

Et... concrètement, tu gagnes bien ta vie ?

C'est là où ça coince encore un peu. Enseignante débutante chez X, je suis payée au SMIC horaire + 10% indemnités (CP, précarité)... des heures faites chez les clients. Autrement dit, le temps passé à préparer, téléphoner, répéter, corriger, envoyer des e-mails, des SMS aux élèves en détresse, n'est pas pris en compte. Donc ça ne fait pas beaucoup. Avec les indemnités transport associées, et à coup de 10-15 heures par semaine maximum, on n'atteint pas le montant de mes indemnités chômage... Ce qu'il y a de bien dans le système français, c'est que Pôle-Emploi (enfin moi, c'est la fac) compense : je touche toujours autant au final. La difficulté étant ce constat simple : que je bosse ou pas, je touche la même chose. Y a plus motivant dans la vie ^^

Mais je ne désespère pas : j'attends de voir si je peux être augmentée à un moment ou à un autre, si je peux avoir davantage d'élèves, si...

Bref à suivre !

Bon, donc, au final, bien ou bien ?

Ah oui oui, bien bien bien, même ! Je ne m'ennuie plus, je me sens utile, j'ai la sensation d'avancer en même temps que les notes de mes élèves montent ! J'ai d'excellents retours, des conseillers pédagogiques au taquet avec moi. Je m'éclate :)

Ah bah cool alors... Bon beh, moi je vais me coucher...

Ah oui, tiens, moi aussi !

Allez, Grobisou !



lundi 28 mars 2016

#8 - Comment je ne tiens pas ma promesse, dis donc !

Hey mon Ami,

Shame on me : je devais écrire un nouvel article dimanche 20, dernier délai, et au final, me voici ici aujourd'hui 28 mars.... Moooooooooooooooooooon, pas bieeeeeeeen !

Oui, voilà, c'est moi, là...
(Paraîtrait qu'à la base, ce bonnet devait transmettre la sagesse de l'âne à l'enfant-relou... Moué)

A vrai dire, j'ai été un peu occupée et puis pas mal chamboulée. Occupée par mon job à temps partiel de professeur particulier à domicile chez un grand nom de l'enseignement privé. Pas mal chamboulée par les récents événements bruxellois, pakistanais,... mondiaux, quoi. Depuis Paris, depuis même NYC en 2001, ou le métro parisien en... euh... 1996 (?), ces attentats deviennent presque "normaux", tant j'en ai vu défiler aux informations depuis ma tendre enfance. Malgré tout, leur horreur me surprendra toujours. Et surtout la simple mais difficile constatation qu'on ne peut rien y faire sans créer nous-mêmes un autre bain de sang...

Parce que, malgré tout, ça m'a fait rire...

Ceci est un débat que je laisse à nos "hautes" instances, sachant que si elles agissent à coups de missiles divers et variés, les pacifistes seront outrés, les associations d'entraide mondiale seront débordées, des civils innocents seront massacrés, des populations seront déplacées, d'autres scandales politico-militaro-financiers sortiront de l'ombre d'ici 10 ans... Et sachant également que si elles préfèrent la diplomatie et la "paix", des accords louches seront conclus, bradant discrètement nos valeurs, assurant de juteux contrats, créant de prochains scandales politico-militaro-financiers (tiens, là aussi ?), tout en perdant en parallèle la face devant des millions d'électeurs, criant vengeance, justice et protection.

Pessimiste, moi ? I don't think so, simplement purement réaliste et consciente de la nature de l'Homme. "L'Homme est un loup pour l'Homme" disait Plaute, qui disait d'ailleurs également qu'"il faut prendre les hommes comme ils sont". Je les prends comme ils sont, donc, comme Barjavel les narre et les aime : duaux, ambigüs. Impitoyables, égoïstes, égocentriques, guerriers, vindicatifs, assoiffés de pouvoir et d'argent, ambitieux à en vendre leur mère, incohérents à acheter une Jaguar et un jet privé tout en mangeant bio et local... Mais aussi, fraternels, doux, rebelles, intelligents, ingénieux, battants, aimants, protecteurs, généreux. Elle a cette beauté, la nature humaine, cet équilibre systématiquement mis à mal : un ying et un yang à elle seule, une espèce à détruire à tout prix, mais à conserver coûte que coûte. Je l'aime, cette espèce humaine, tout comme je la déteste...



Et paraîtrait que je ne suis pas la seule dans ce cas ! Avais-je déjà abordé avec vous la Politique ? Avec un grand P comme Passion et Parlotte, Pouvoir et Palabre, maniPulation et Paperasse (ah ? Manipulation, ça commence par un M ? Autant Pour moi...). Un bien bel exemple de notre humanité, n'est-ce pas, où des dirigeants plus ou moins fourbes font des choses plus ou moins altruistes afin de gagner une popularité plus ou moins méritée, pour être réélu plus ou moins judicieusement, sachant que plus ou moins la moitié de l'électorat sera plus ou moins pas content et manifestera plus ou moins longuement dans la rue (du coup, les lois passeront plus ou moins vite et plus ou moins bien).

A vrai dire, j'avais choisi d'aborder la loi El Khomri-Valls-Hollande (je ne comprendrai jamais pourquoi on arrête le nom d'un ministre pour une loi, sachant qu'une grande partie de l'équipe dirigeante intervient). Je voulais trouver les termes exacts des textes (150 pages initialement) et extraire les mesures principales, sans tenir compte, a priori, des avis des journalistes, des "opposants" politiques,... bref, de la manière la plus objective possible. 

Je me suis heurtée au premier problème : tant que ce texte n'était pas officiellement présenté à l'Assemblée, il n'en existait pas de version accessible en ligne. Seuls les journalistes, et peut-être les syndicalistes divers (j'imagine, vu le nombre qu'ils ont été à être mécontents) y avaient accès. On pouvait trouver des infographies et petits textes mis en ligne par le gouvernement, qui disaient en gros "voilà ce qu'on voudrait vous apporter", sans pour autant préciser les termes exacts : difficile de vérifier que, derrière les bonnes intentions, les actes étaient bien là. Et les gens lambda, les vous et moi, n'avions que les "on dit" balancés en boucle à la télévision pour se faire une opinion. Biaisée, forcément. Comment juger le plus objectivement possible un texte déjà prémâché par d'autres cerveaux ? Vous connaissez le téléphone arabe : on voit bien ce que donne notre phrase après une ou deux transmissions... Bref, je n'aimais pas ça dutoudutoudutou.



Mais, ô miracle, le texte est officiellement disponible ici depuis le 24 mars. 131 pages. Bim. Mange-toi le code du travail, miam ! Je vous avoue qu'en 4 jours, incluant le week-end pascal, je n'ai guère eu l'occasion de me pencher réellement dessus : un regard rapide en diagonale pour distinguer les chapitres, une sensation de gorge nouée et sèche à la lecture du nombre d'articles écrits dans un français courant (bien entendu), un estomac noué à l'idée de vous pondre un article rapidement. Ne m'en voulez pas, donc. Je tiendrai ma promesse, car je les tiens toujours. Mais avec un temps de décalage ;) 

En attendant, vous pouvez vous pencher dessus, pour les plus motivés. J'aimerais bien voir si on peut avoir un petit débat constructif, dans notre coin ! Ca sert à ça la case "commentaires" en bas du texte :) Car s'il est bon de remettre en cause des propositions gouvernementales, il est excellent de proposer des alternatives !

Aux Armes (légales, sans feu, ni douleur physique, hein) Citoyens !
Et Grobisou !



mardi 1 mars 2016

#7 - Comment je cherche un travail, dis donc !

Hey mon Ami,

Voilà, aujourd'hui commence mon sixième mois de non-activité, de sans emploi... bref de chômage. Ce mot fait froid dans le dos, hein ?! Et quand il arrive dans la vie, ce vilain mot en C, ça fait drôle...

Le premier mois du reste de ma vie

Le 1er octobre a été bizarre : j'ai dû quitter ma région toulousaine pour aller dire au revoir à mon Grand Tonton, qui déménageait vers les étoiles. De longues heures de train de nuit, pour finalement atteindre Nancy aux premières heures du vendredi 2 et rejoindre ma famille, réunie pour l'occasion mais triste... Quel contexte étrange, surréaliste, pour commencer un chômage indésiré. Un retour aux sources, une plongée dans les souvenirs, un bilan prématuré : qu'ai-je fait de ma vie ? Pourquoi en suis-je arrivée là ? La vie est finalement courte. Qu'ai-je fait pour ma famille, elle qui a fait tant ?  J'ai été si absente, était-ce nécessaire  ? Que faire pour faire mieux ?

En un mot : DUUUUUUUUUUUUR ! 

Alors j'ai d'abord décidé de... procrastiner : après tout, après des mois de course dans tous les sens, j'avais quand même bien droit à un petit mois de vacances ! Alors j'ai dormi des heures durant, me levant sans même me rendre compte que ma petite troupe était partie travailler. J'ai fait du sport à des heures où la salle était presque vide. J'ai fait mes courses à des heures où seuls les retraités se déplacent. J'ai préparé des petits plats, vu mes copines également sans emploi ou presque. J'ai bouquiné, regardé la télé, marché dans la rue. Et puis, je suis aussi allée à Berlin un week-end avec mes coupains de toujours, manger de la curry-wurst et des schnitzel (oui, je mangeais encore de la viande ^^) en buvant de la Pilsner ! 

Sont si beaux mes coupains d'amour ! (Crédit photo : DocNyny ;
les coupains, si vous ne voulez pas votre tête ici, je supprime ;) )

Et fin octobre, j'ai filé en Lorraine une petite semaine pour me ressourcer, avant d'enchaîner...

... le deuxième premier mois du reste de ma vie

Il a commencé à Paris, chez des coupains : c'est lors de cette fameuse semaine que j'ai passé mon casting pour rejoindre Najoui quelques semaines plus tard.

Et puis, il a fallu rentrer. Et puis, j'ai eu des soucis avec mon allocation chômage. J'ai fait une thèse à la fac, un système qui fonctionne en "auto-assurance" : après 3 ans de travail, j'ai eu droit à 2 ans d'indemnisation versée par la fac, que j'ai très peu touchée initialement, puisque j'ai enchaîné sur mon post-doc. Ce post-doc était payé par le CNRS, qui lui n'est pas en auto-assurance : après mon contrat, mon allocation aurait dû être versée par Pôle-Emploi. MAIS : je n'ai cotisé que 20 mois au CNRS, et non 24, et n'ai pas a priori accès à ces droits, puisque ceux ouverts à la fac n'étaient pas finis... (Vous suivez ?) Donc retour à l'indemnisation beaucoup plus faible de la fac, et surtout, retour au calendrier de trésorerie de la fac... qui verse donc mon allocation avec... plus de 2 mois de décalage...

En résumé, pendant 3 mois, je n'ai eu aucun versement ! Et les mois d'après, je suis censée toucher une indemnisation de 300€ inférieure à celle que j'aurais eue au CNRS : j'ai fait appel ("droit d'option"), mais la différence entre mes deux indemnisations étaient inférieure à 30%. Vous n'y comprenez rien et trouvez ça stupide ? Voilà...

Alors novembre a été le mois de déprime : "j'ai pas d'sous", "je sers à rien", "je suis nulle", "j'arriverai à rien", "je regarde les reines du shopping mais je ne peux même pas m'offrir un T-shirt", "ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin !" (Vous comprendrez pourquoi il n'y a aucune illustration pour ce mois pourri !)

Et puis finalement, assez rapidement, est arrivé...

... le troisième premier mois du reste de ma vie

Décembre, c'est toujours chouette pour moi ! C'est la Saint-Nicolas, Noël, la fête, les gâteaux, les cadeaux... On a même craqué notre budget et acheté quand même un sapin, qui était juste MA-GNI-FI-QUE. 

Vouiiii, magnifiiiiiique que je vous dis !

J'ai aussi enregistré mon émission de télé chez Najoui, et j'ai gagné une caméra sport ! J'ai participé à des jeux sur Facebook et j'ai gagné une montre. La gagne et le moral revenaient !

Elle est belle, hein !

J'ai réfléchi aux stratégies à adopter pour ma recherche d'emploi, parce que, quand même, après deux mois, il était largement temps de s'y mettre ! J'ai activé les fameux réseaux sociaux professionnels et commencé à faire un tour des annonces disponibles sur le net. J'ai mangé avec mes ex-ex-collègues, et certaines ex, j'ai usé les chaises des salons de thé toulousains avec mes copines, avant de filer dans ma belle-famille en banlieue parisienne pour la fin de l'année 2015...

Le quatrième premier mois du reste de ma vie : le vrai !

Résolution 2016 : je vais me trouver un job trop bien, hyper adapté à ma morph.... ah non, pardon, je regarde trop les reines du shopping ! Donc un job hyper trop bien pour moi, peu importe le temps que ça prendra, les formations nécessaires, les trajets à faire.... Je vais tout donner et montrer ce que je vaux, nom d'une pipe !

Alors, ça fait quoi un docteur en chimie quand ça ne fait pas de recherche publique ? Plusieurs grands axes s'offrent à nous, Docs en Stock :

          La R&D

Ce n'est pas parce que la recherche universitaire embauche peu que la recherche privée n'embauche pas. Enfin, pas loin quand même. Normalement, il y a des gros groupes comme Sanofi, Pierre Fabre, L'Oréal... qui embauchent dans mon domaine. Malheureusement, tout le monde n'est pas sans savoir qu'ils ne sont pas au mieux de leur forme. Les rares embauches qu'ils proposent n'ont même pas le temps d'atteindre internet : tout se fait par recommandation en interne. Dommage pour moi qui ne connais qu'une seule personne dans ce milieu, qui m'a déjà dit qu'elle ne pouvait rien faire pour moi cette année...

          Le conseil

De gros groupes vont sous-traiter une partie de leur R&D ou voudront déléguer l'hygiène et sécurité, la mise aux normes qualités... Il existe alors des boîtes de conseil. J'en connais peu, mais je connais des gens dedans, qui peuvent me "co-opter" (je découvre un vocabulaire que j'ignorais jusqu'ici : pas facile de commencer sa carrière au pays des Bisounours et de découvrir le vrai monde après...)

Les CV ont été dûment envoyés, les candidatures spontanées en ligne également, via les CVthèques et autres voies. Mais ici aussi, tout marche par la recommandation et... je ne connais pas de gens assez haut placés pour ce faire. En bref, j'ai fait ma thèse nickel d'un point de vue scientifique, mais complètement ratée d'un point de vue stratégique.

          La reconversion vers l'ingénierie informatique

Le Docteur fait un peu flipper les RH en général : beaucoup de connaissances, beaucoup de compétences limitées à un domaine très précis. Pour peu que ce soit un Docteur de la génération Y, c'est le pompon et le recruteur fuiiiiiiiiiit (enfin, il jette le CV à la poubelle surtout).

Mais il semblerait qu'un domaine de l'industrie française se réveille et comprenne qu'un docteur a un grand potentiel : il sait chercher. Il ne sait pas quelque chose ? Il cherche, et trouve. Il ne sait pas faire quelque chose ? Il cherche une personne ayant cette compétence et se forme. Il a besoin d'une formation ? Il remuera ciel et terre pour trouver le financement qui va avec. Attention, je ne dis pas qu'un ingénieur n'a pas ces compétences-là. Enfin, bon, soyons honnêtes, on est quand vachement plus mieux, nous les Docs !!! On est juste des incompris, c'est tout ! Hihihi !

Alors ce domaine qui résiste à la pression des autres-qui-pensent-qu'un-docteur-c'est-trop-la-loose, c'est l'ingénierie informatique. Et surtout les fameuses SSII (qu'il ne faut plus trop appeler comme ça, apparemment, mais bon). Ces boîtes créent notamment des systèmes de gestion "clé-en-main" : du coup, il faut des développeurs, des testeurs, des intégrateurs... Et comme ils ont un turn-over conséquent et une demande croissante de la part de leurs clients, ils cherchent sans cesse de nouvelles têtes. Et ils ont l'air d'aimer les docteurs : d'autres qui me liront en parleront mieux que moi, n'hésitez d'ailleurs pas à réagir en commentaire ou sur la page Facebook DocLison. 

Alors ils organisent carrément des formations (par eux-mêmes ou par des boîtes) et sont prêts à prendre des docteurs de tout poil.

Bien entendu, j'ai également postulé dans ces boîtes, histoire de devenir développeuse. J'ai répondu à 5 annonces, envoyé des candidatures spontanées, passé mon CV à une responsable RH, passé mon CV à une collègue de ma conseillère Pôle-Emploi (ah oui, je ne vous ai pas raconté : je ne suis pas au Pôle-Emploi cadre, ahahahahahahahahahahaha), qui devait le passer directement à une responsable RH...

Voilà voilà.... Comment ça, quelle en est la conclusion ? Beh, je suis développeuse ? Non ? Beh voilà ^^

          La vulgarisation scientifique

Alors ça, moi ça me botte : la vulgarisation scientifique, c'est rendre accessible à tous des connaissances scientifiques. C'est simplifier, sans trahir, un contenu et le tourner de manière ludique, originale. C'est ouvrir l'esprit et les yeux des gamins, c'est surprendre les adultes. C'est voir des pupilles se dilater à la lumière d'une nouvelle connaissance, c'est voir une bouche s'arrondir pour un "oh" silencieux, c'est voir un hochement de tête chez quelqu'un qui a enfin compris. Bref, c'est mon rêve !

Mais, vous pensez bien, ce n'est pas si facile. Sous ce terme générique, se cachent des journaux type "Science & Vie", des associations type "Les Petits Débrouillards", des expositions éphémères type "Cité de la Science". Donc, ça embauche peu et ça cherche surtout des bénévoles !

Allez sur le site, ils sont peut-être près de chez vous !


Mais je ne désespère pas : Toulouse vient de s'équiper d'un "Quai des Savoirs", sorte de petite Cité des Sciences. CV en cours d'acheminement par différentes voies ;)

          L'enseignement

Mon pote de toujours, l'enseignement. Il m'a permis de payer une grande partie de mes études (en plus de mon job de caissière très enrichissant). J'ai été bénévole dans une classe de 3è en allemand, j'ai donné des cours au black à une jeune demoiselle pendant deux ans, en seconde et 1èreS, à un jeune en 4è pendant un an. J'ai été monitrice pendant mes trois ans de thèse...

Bref, j'aime la transmission de connaissances ! Alors là, comme je m'ennuyais, et que, par un beau hasard, on m'a proposé d'aider une gamine en seconde, j'ai recommencé ! Et j'ai même fini par rejoindre un grand groupe de cours particuliers. Bon, leur système les avantage surtout eux : SMIC horaire pour moi + indemnités CP + indemnités précarité + indemnités transports. En gros, si je ne fais pas plus de 20h de cours par semaine, je touche moins que ce que le chômage me donne... Mais comme je préfère remettre en route mon cerveau et servir à quelque chose, plutôt que de rester inactive, je me suis lancée. J'ai pour l'instant 4 élèves prévus, je ne les connais pas tous encore (la rentrée scolaire, c'est lundi prochain chez nous), mais je bosse déjà beaucoup, ne serait-ce que pour revoir et maîtriser les programmes scolaires de ces petits jeunes.

Donc voici la dernière piste exploitée actuellement. Il faut savoir que ce grand groupe de cours particuliers peut embaucher des gens à l'année : je teste quelques mois et je vois ce qu'ils me disent. Sinon, je suis inscrite pour le CAPES de cette année, mais je ne l'ai pas préparé : alors si ça me plaît toujours autant, je peux envisager de le passer l'année prochaine. Ou de bosser directement auprès du rectorat.

En conclusion après ces quatrième et cinquième premiers mois du reste de ma vie :

J'ai postulé sur toutes ces pistes ces deux derniers mois. J'ai surfé sur plusieurs sites d'offres d'emplois, j'ai contacté des Maisons de l'Emploi, des gens de partout. Et seule la boîte de cours particuliers m'a répondu, sous deux jours ! Alors, ça peut faire plein de choses un Doc en Stock, encore faut-il le retenir et lui laisser la chance de le faire. Ou c'est p't-êt' moi qui suis très mauvaise en CV et lettre de motivation, mais quand même... Attention, jingle : "laissez-moi travailler, laissez-moi travailler !"

D'ailleurs, il faut que je vous laisse : je dois jeter un œil sur le programme de SVT et de physique-chimie de 3è :)

Allez, Grobisou !



mardi 23 février 2016

#6 - Le jour où j'ai joué avec Najoui, dis donc !

Hey mon Ami,

Aujourd'hui, il faisait un temps pourri, alors plutôt que de déprimer davantage en lisant un sixième billet sur la dure vie de Doc en Stock en 2016, rions un peu et parlons de...

...MON PASSAGE A LA TELE !!! ...

Oui, oui, votre blogueuse de choc est allée sur un plateau, tâter de l'émission télé et voir comment c'est de l'autre côté de l'écran... Attention, genèse de l’événement !

Comment je me suis retrouvée à un casting... puis deux...

"Avant", c'est-à-dire quand j'étais en post-doc et que j'avais un vrai travail prenant et reconnu socialement, je partais à 8h max de la maison et y rentrait souvent entre 19h et 20h30. Ben vi. Et THE ONE commençait à s'ennuyer ferme en m'attendant. Un jour, pour m'embêter, il a pris mes coordonnées, des photos de moi en pied et en portrait, et paf... il m'a inscrite à plein de jeux télé (Questions pour un Champion, Money Drop, Tout le monde veut prendre sa place, N'oubliez pas les paroles, Le Maillon Faible...). J'ai donc reçu pléthore de courriers électroniques, me disant joyeusement que j'étais convoquée à des castings et que, youpi youpi, je participerais peut-être bientôt à des émissions... Ô joie. Merci Chéri.

Vu que la plupart des castings avaient lieu sur Paris et que je vis en banlieue toulousaine (banlieue chic, hein, 'tention), j'ai dû malheureusement dire non à beaucoup d'entre eux. Et puis un jour, N'oubliez pas les Paroles m'informe d'un casting à Toulouse un mardi après-midi. Allez, tiens, vais tenter. Me voilà donc à décaler ma pause déjeuner pour y assister. Première étape : des textes de chanson à trous sont à compléter. Je passe ! Deuxième étape : tu chantes un truc qui swingue devant tout le monde pour montrer que ton ramage se rapporte à ton plumage (ou pas, d'ailleurs, mais on sait qu'il ne fait pas bon être moche de nos jours). Je chante du Simon & Garfunkel (car l'anglais est autorisé) en me disant que je vais faire un flop, mais non, et je passe ! Troisième étape : tu chantes 5 chansons sans les paroles devant une caméra en tâchant de faire le show. Vu que je n'ai jamais été recontactée pour un enregistrement d'émission, je suppose que je n'ai pas été géniallissime ^^

Dommage pour toi, Nagui, tu ne sauras jamais que j'ai un timbre de voix inégalable !
Mais quelques mois plus tard, une fois que j'étais au chômage sans réellement de position sociale reconnue, et passant quelques jours sur Paris, je me suis dit : "tiens, si je tentais un casting ?". Bon, pas le coup des paroles, parce qu'il faut 6 mois entre deux tentatives (oui, tu apprends plein de règles quand tu rentres dans ce monde étrange). Mais je tombe sur France 2 sur une offre de Tout le Monde veut prendre sa Place, un truc de culture gé de Nagui (encore), qui passe à la pause de midi. Casting quelques jours après, un test de connaissances sur des questions multiples, un blabla détendu devant une équipe de casteurs... et paf, me v'là ti pas sélectionnée pour enregistrer une émission !!!! 

Comment j'ai préparé l'émission...

Branle-bas de combat ! Il faut rapidement trouver un moyen de revenir sur Paris quelques semaines après, avec un budget très limité car... la production de Nagui (sa boîte Effervescence) ne prend pas en charge tes transports, ni ton éventuel hôtel. Question hôtel, j'ai pu compter sur ma Coupine d'Amour <3 Et Papa-Maman ! Car, tout fiers, ils ont voulu venir dans le public et m'encourager, mais ça, j'en parlerai après.

Ensuite, tu lis les petites lignes de ta convocation et là, le drame : vêtements noirs, blancs et rouges interdits. Suis pas gothique, mais j'ai la fâcheuse manie de ne porter que du noir ! Alors zouh, dans les boutiques pour trouver, en plein hiver, des hauts de couleur vive... tout ça sans argent, car les allocations chômage, c'est pas hyper étudié pour les virées shopping ! Heureusement, j'ai une banquière formidable (nan c'est pas une pub pour dire que "ma banquière, c'est moi" : elle est vraiment chouette, ma banquière - pardon, ma conseillère clientèle) et des goûts de pas-luxe.

Oui, oh, eh, ça va, Cristina, hein !
Et puis, il faut p't-ê't' muscler le cerveau, non ? J'ai donc deux tomes de "la culture générale pour les nuls" qui trônent à mon chevet ; THE ONE me pose des questions du Trivial Pursuit tous les soirs ou presque (limite, on va acheter des Apéricubes pour lire les questions dedans) ; je télécharge le jeu TLMVPSP (oui c'est comme ça qu'on nomme ce jeu dans le milieu... les nazes appellent ça par son nom entier, c'est tellement has been, trop la loose !) et j'y joue tous les jours. Bref, un entraînement de ouf !

Comment j'ai survécu au jour J...

Vous vous rappelez de ma thèse ? Beh on aurait presque dit que j'en passais une autre !

Arrivée sur Paris la veille au soir, un court dodo après de longues discussions avec ma Coupine d'Amour, réveillée de bonne heure parce que... le stress arrive. Hallucinant, hein ? Faut dire que 1) on a toujours un peu la frousse de faire des choses qu'on n'a jamais faites et 2) les attentats parisiens étaient très récents... Donc, bon, hein !

Mes parents arrivent directement de Nancy au matin (eux aussi après un court dodo et une longue route), me font essayer des tas de vêtements que Maman m'a trouvés... sauf que ces jolis vêtements... vont vachement bien à Maman mais pas à moi ^^ Argh, stress, "ai-je mes 5 tenues ?" Car oui, vous avez bien lu, il faut se pointer avec 5 TENUES DE COULEUR VIVE !!!! Je peux vous dire que depuis, c'est la guerre des jurons dans mon placard !

Déjeuner rapide sur estomac noué, métro jusqu'aux studios d'enregistrement où mon Amie de Toujours nous rejoint (ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii <3 <3 <3) et paf, c'est parti !

Habillage rapide (ça valait le coup toutes ces heures de shopping), briefing (quoi dire, où regarder, quoi faire...), coiffage, maquillage (comme une staaaaaaaaaaaar), filage du début de l'émission pour savoir comment-qu'on-rentre-et-où-qu'on-se-met et TOP ! C'est parti !

Tadam ! Une DocLison dans la téléééééé !
C'est seulement à ce moment-là que j'ai rencontré le fameux Nagui. Qui a longuement voulu savoir pourquoi je m'appelais Alison et qui m'a demandé de l'appeler Najoui. Qui a longuement voulu parler de ma thèse-dont-je-ne-voulais-initialement-pas-parler (pas stratégique). Et voilà, 5 minutes de blabla devant mes parents et mon Amie de Toujours tout sourire. Premier tour passé grâce à deux questions "cash" justes. Deuxième tour raté à cause d'un excès de zèle, d'un cerveau bloqué sur le "Cinquième Elément" quand il fallait répondre "Le Grand Bleu" et d'un champion qui n'avait pas trop trop envie de moi dans ses pattes ;) Alors pas de finale, pas de sousous, mais de vrais souvenirs. Et mes parents méga contents, une journée de folie tous ensemble, une brasserie, un restaurant, une balade parisienne familiale... Alors oui, j'étais au chômage et pas socialement reconnue, mais ce jour-là, j'ai vécu un truc de ouf !

Comment je vais continuer ces trucs bizarres...

Comme j'ai perdu et n'ai même pas pu être "challenger" face au champion, j'ai le droit de rejouer un an après mon enregistrement. Et puis, il est possible de participer à d'autres castings et d'autres émissions.

Mon nom et mon adresse e-mail étant toujours dans les tuyaux de toutes ces émissions, j'ai été recontactée pour un casting sur Toulouse. Et hop, j'ai réussi ! Prochain enregistrement prévu sur Paris le 8 mars, pour une émission de France 3. Alors RDV bientôt pour d'autres images rigolotes ^^

Allez, Grobisou !




samedi 13 février 2016

#5 - De l'art de trouver sa place dans la société, version 2, dis donc !

Hey mon Ami,

Nous revoilà au billet initial que je voulais poster la semaine dernière. Attention, attention, billet extrêmement subjectif ^^ (je préviens, hein, je n'ai pas la science infuse)
Trouver sa place dans la société... Vaste programme, hum ?

La société "est un groupe d'individus unifiés par un réseau de relations, de traditions et d'institutions" (d'après Wikipédia, hein, m'enfin ce n'est pas trop trop compliqué). Donc suivant cette définition hautement philosophique, ça commence dès le plus jeune âge, avec cette charmante invention fort utile : l'ECOLE. Cette fantastique institution où, au milieu de la table du 7, de la conjugaison du verbe coudre à la première personne du pluriel du plus-que-parfait et de la confection de l'herbier suite à la dernière classe verte, on apprend la vie, les relations toujours sympathiques avec ses collègues, les leçons du maître ou de la maîtresse... et on tente déjà tant bien que mal de trouver sa place...
Faut dire que, passé la maternelle et son monde de Bisounours où tout le monde est un copain potentiel, la primaire et le collège peuvent être bien rudes, si l'on est un tantinet "différent" : si tu es plus grand, plus petit, plus gros, plus maigrichon, plus roux, plus boutonneux, plus investi..., on t'appellera la tige, le nain, le gros, le fil de fer, la carotte, la calculatrice, le chouchou... et on essaiera de ne surtout pas être ton copain ! Imaginez ma jeunesse quand, à 9 ans, j'étais brûlée, avec appareil dentaire et acné juvénile, et première de classe... Une vraie sinécure, j'étais hypeeeeeeer populaire ^^ 

Voilà voilà voilà... Populaire que j'vous dis !
Dès le plus jeune âge, enfin, à partir de 7 ans environ, on est soumis au regard des autres, à la nécessaire normalité pour passer inaperçu ou à la constance si l'on est différent : un gros ne deviendra jamais fil de fer, un chouchou ne sera jamais populaire. Chacun reste à sa place et les hippopotames seront bien gardés. Ce qui fait que l'on traîne une réputation jusqu'au sacro-saint lycée ("oué, hein, tu verras hein, le lycée c'est trop cool, hein, tu peux être qui tu veux, hein, tout le monde s'en fout, oué" dixit la lycéenne mâchant son chewing-gum). Et puis, on va au lycée (donc, ou ailleurs) et on réfléchit (ou pas) à ce qu'on va faire de sa vie, à quel métier on va se destiner... Et là... C'est le drame !

Afficher l'image d'origine
(Oui je sais, je l'ai déjà mis, mais je l'aime tellement cette demoiselle !)
Car ne nous leurrons pas, c'est difficile. Difficile de savoir ce que l'on veut faire, quelles ambitions on a... et quelles valeurs on a aussi, tout simplement. Et les choix que l'on faits à 18-20 ans, dans la fougue de l'âge et l'envie d'émancipation, ne sont parfois pas ceux que l'on ferait à 30 ans, parce qu'on peut beaucoup changer en une dizaine d'années (moi c'est graaaaaaaaave le cas ^^).
A 20 ans, on a tendance à obéïr aux tendances sociétales. Le modèle que l'on voit encore majoritairement actuellement est celui de nos parents, celui des Trente Glorieuses et du Plein Emploi : on travaille dur 39 heures par semaine minimum dans un boulot qui doit nous passionner (et si t'aimes pas, tant pis), on s'endette pour acheter une maison avec jardin, pour y mettre un barbecue, une balançoire pour les deux enfants, une niche pour le Golden Retriever couleur sable, on achète un monospace familial ("avec un cercle en plastique on appuie dessus ça sort ça fait porte-gobelet"), on part au ski en février si on peut, on part à la mer l'été.


Ca paraît hautement caricatural ce que j'écris, mais c'est pourtant ce que je vois autour de moi. Je précise que je ne juge pas : je crois que c'est un modèle qui rassure, parce que c'est celui qui a bercé notre enfance (qu'on l'ait vécu ou non), parce que c'est celui que nos parents voulaient/veulent pour nous, parce que c'est encore ce qu'on nous présente comme idéal. Mais c'est également un modèle de plus en plus difficilement atteignable et générateur de beaucoup de frustration.

Regardez dans mon cas : j'ai choisi les études longues et un système universitaire où le premier CDI est rarement signé avant ses 32-35 ans. Ce qui fait que l'achat une maison (ou même juste un appartement) est retardé car nos chers banquiers ne veulent pas trop prêter d'argent à des gens sans CDI, donc la "procréation" recule également, donc l'achat de monospace aussi, etc. Alors qu'en parallèle, nos copains qui ont fait un BTS ou même une école d'ingé sortent diplômés avant 25 ans, se marient avant 28 ans, achètent avant 30 ans (s'ils travaillent, of course), font tous leurs gamins avant 35 ans. Être invité(e) au baptême du p'tit de tes copains quand toi, tu n'as toujours pas soutenu ta thèse, ça peut faire drôle ^^ Oui, j'ai choisi tout ça : mais j'ai choisi quand j'avais 18 ans, pas 29...

Et même sans parler de moi : z'avez déjà essayé d'acheter une maison à Toulouse par exemple ? Un appartement avec 2 chambres à Paris ? Honnêtement, qui peut se vanter d'avoir acheté sur moins de 20 ans un bien suffisant pour accueillir 2 enfants et une chambre d'amis ? Les prix sont incroyablement hauts (400 000€... 400 000€ !!!), quand nos salaires ne sont pas bas mais pas extraordinaires non plus. Moi, je ne vois pas trop trop comment atteindre le modèle de la famille Nutella qu'on nous envoie. Et puis... et puis... et puis, en fait je crois que je n'en ai plus envie...

Que faire quand le modèle lambda de notre société  ne nous convient pas/plus, parce qu'on ne peut ou veut pas le suivre ? Comment s'intégrer dans un système traditionnel en étant différent ? Nous sommes très nombreux de nos jours à quitter, volontairement ou non, le modèle Nutella. Alors qu'est-ce qu'on fait ?


Je vais vous donner la seule connaissance que j'ai : mon expérience. Bizarrement, je ne suis pas très inquiète de ne pas être Nutella : mes parents le sont suffisamment pour moi, hihihi ! J'envisage tout différemment : j'ai peu d'argent, mais je vis bien (merci merci, l'assurance-chômage !), alors un salaire à 1500€ serait chouette (techniquement, un BAC+8 peut toucher beaucoup plus... encore faudrait-il qu'on l'embauche !). Du coup, je cherche un emploi dans plein de domaines différents, ne me limitant pas aux postes de "cadres" à "responsabilités" : pour moi, le luxe n'est plus l'argent que l'on accumule ou dépense dans tous les sens, ni l'espace dans ma maison, mais simplement le TEMPS. Dormir davantage, prendre le temps de cuisiner, de faire du cerf-volant, de lire un bon bouquin, de créer, dessiner, bricoler... Après des années d'égocentrisme nécessaire à de longues études, je m'ouvre aux autres et m'enrichis de choses qui ne s'achètent pas : des sourires, des discussions plus profondes, des yeux qui pétillent, des soirées improvisées... Je m'interroge sur les associations que je pourrais rejoindre. Bref, je deviens une hippy, à la vie simple (oué, même que je deviens végétarienne bio). Bon, bien sûr, de temps en temps, mes envies de shopping effréné reviennent, mais 1) ma gentille banquière me ferait les gros yeux et 2) en fouillant dans mon placard, j'arrive à me satisfaire en mélangeant différemment fringues et chaussures (du neuf avec du vieux, quoi).

Tout le monde ne me suit pas : on me regarde bizarrement quand je dis que je veux manger moins de viande, voire plus du tout (alors que je n'aimais déjà pas trop ça gamine, c'est pas non plus un gros changement ^^) ; certaines copines ne comprennent pas mon détachement de la mode (sans pour autant me détacher de mon look : je ne porte pas de sac en toile de jute, hein) et du style actuel (mais c'est quand même beau chez moi) ; on me plaint quand je suis à vélo ou en bus et qu'il pleut ; etc. Mais l'essentiel est que je sois bien dans ma tête, en accord avec mes valeurs. Et finalement, en ouvrant les yeux, je découvre que je ne suis pas seule à vouloir vivre de cette manière : à la société Nutella s'ajoutent différentes autres sociétés parallèles ! Vous vous rappelez de la série Sliders ? ^^

Han, j'étais amoureuse de Jerry O'Connell <3
Est-ce que ça va durer ? La condition sine qua none est de trouver un métier en accord : je ne suis pas à l'abri de replonger dans ce monde qui court et de rêver de nouveau à mon pavillon et mon Golden Retriever, de mon prochain voyage en all include, de ce qui sera "mieux après". Je ne suis pas à l'abri de revêtir de nouveau mon costume de fourmi et de m'éloigner de mon modèle de "figale" (lecture que je recommande qui parle de soi, mais aussi et surtout de l'éducation de nos enfants). Tout le défi repose ainsi sur ma recherche d'emploi... dont je parlerai dans mon prochain billet !

Allez, Grobisou !


jeudi 4 février 2016

#4 - De l'art de trouver sa place dans la société (dis donc)

Hey mon Ami,

J'ai le coeur un peu lourd ce soir. J'avais pour ambition d'écrire un article sur la place que l'on se fait dans notre société, d'un point de vue professionnel. Et puis, j'ai regardé France 2 et ce formidable téléfilm "Ne m'abandonne pas" : l'histoire d'une gamine embrigadée, radicalisée, perdue, qui veut partir en Syrie. Et puis, j'ai enchaîné sur le pseudo-débat qui suivait, attristant. Et puis, j'ai enchaîné sur Infrarouge "les Français, c'est les autres" :  et c'est là que j'ai versé ma larmichette. Parce qu'entre le début et la fin de la soirée, tout est finalement lié, imbriqué. Ces gamins embrigadés qui quittent un pays qu'ils ne comprennent plus (pour de sombres raisons, malheureusement).

Le fou programme de ma soirée...
Trouver sa place dans la société, au sens large, donc. Je ne parle pas simplement de ces fameux "jeunes des cités" dont les médias nous rebattent les oreilles, qui souffrent d'une mise à l'écart et d'une stigmatisation déplorables, mais de tout un chacun. Je discute souvent avec des amis, ma famille, des connaissances (oui j'aime bien discuter, surtout des sujets qui fâchent), et je suis toujours surprise de la véhémence, de la colère, de l'inquiétude qui peut exister, même chez des "blancs bien Français, bien sous tout rapport". Actuellement, ce que je vois, ce sont des "blacks" qui ne trouvent pas leur place et, avouons-le, qu'on regarde d'un oeil chelou. Ce sont des arabes, musulmans ou non, que l'on regarde encore plus de travers depuis Charlie et le 13 novembre. Ce sont des juifs qui se sentent menacés. Ce sont des "blancs", qui, en tout cas pour certains extrêmes, ne se reconnaissent plus (paraîtrait qu'être Français à la base, c'est être blanc judéo-chrétien, dixit de drôles de vidéos...). Ou d'autres blancs qui ne savent plus où se mettre, ni où regarder. Déjà, je suis vachement emmerdée parce que je ne sais même pas où je devrais mettre des majuscules : Black/black ? Arabe/arabe ? Juif/juif ? On m'avait appris à l'école qu'on mettait une majuscule quand on parlait des habitants d'un pays : Français. En fait, ce que je vois à travers tout ça, ces maladresses, ces "mal-être", c'est ce fameux "malaise identitaire". Alors moi, j'ai une grande question et je suis vraiment ouverte à vos réponses : 

c'est quoi "être Français" en 2016 ? 

Je ne parle pas de 1915, 1930 ou n'importe quelle date pré-flux migratoires, pré-monde numérique, pré-mondialisation, pré-blablabla... Non, 2016. C'est quoi être Français quand on a la nationalité française en 2016 ? Pourquoi y a-t-il autant de malaise au sein d'une même population ? Pourquoi y a-t-il autant d'a priori et de méfiance ? Car avouez-le, nous ne nous promenons pas tellement sereinement dans nos rues, si ? Nous ne nous asseyons pas sereinement à côté de ce voisin inconnu dans le train, si ? Et... nous avons vachement de mal à en parler..., non ?


Mon idée, que vous qualifierez peut-être d'idée de bobo-blanche-nantie-bisounours-docteur-élitiste-connasse (vous en penserez bien ce que vous en voudrez - ah, j'oubliais, gauchiste), est que la notion d'"être Français" n'a pas évolué aussi vite que notre société. Alors oui, les guerres sont finies, oui, en France, on n'a plus faim (quoique), oui, on a H&M et MacDo, et on n'a pas à se plaindre comparé à la misère du monde (quoique pour H&M et MacDo, y a discussion - blaaaaague). Mais ça n'empêche : en une trentaine d'années, on a assisté à des guerres froides, des fractures sociales, des krachs boursiers, à la mondialisation (certains diraient l'Américanisation), la surconsommation, à la révolution numérique, à l'immigration de peuples fuyant des situations catastrophiques par vague... La France et l'"être Français" de mes parents ne sont pas les mêmes que les miens, moi presque-trentenaire. Un monde a changé complètement entre nos deux générations ! Alors, être Français est-ce vraiment encore être blanc et catholique ? Regardons ces deux points. Cette vision archaïque ne tient absolument pas compte des 500 000 Juifs Français (put*** de majuscules ^^), des 5 000 000 de Musulmans, des 10 000 000 de Catholiques plus ou moins pratiquants (auxquels il conviendrait peut-être d'ajouter les baptisés non pratiquants, mais j'ai un doute), sans compter le nombre non négligeable de Protestants, et toutes les autres Religions Existantes comme... ben l'Athéisme et ses 20 millions d'adeptes ("oui, comment tu peux dire que l'athéisme c'est une religion, t'abuses" - Non, c'est mon avis - chiffres Wikipedia sourcés, l'estimation du nombre de pratiquants de chaque religion étant approximative puisque la religion relève du domaine privé dans notre pays laïc). Cette vision ne tient pas non plus compte de la multitude d'origines des Français d'aujourd'hui. Car les enfants des vagues d'immigration des années 50-60 sont nés en France et sont donc Français. Le seraient-ils moins que d'autres, Français depuis plusieurs générations ? WTF, bien sûr que non. Mais pourquoi certains gamins de lycée de banlieue et de parents immigrés se sentent pourtant moins Français que le Français de Paris intra-muros ou du fin fond de l'Ariège (cf documentaire Infrarouge) ?

Et parlons peu, parlons bien : la couleur de peau. Ma grand-mère m'avait dit un jour, sur un ami d'origine éthiopienne, que "quand même, il est un peu trop noir". Pardon Mamy, je t'aime fort, mais ça ne t'empêche pas malheureusement de sortir de drôles d'âneries parfois... Mamy est née en Lorraine à la fin des années 20. A grandi dans une petite ville ouvrière lorraine. N'a que très peu travaillé pour s'occuper de ses enfants en culottes courtes. Et... n'a pas bougé de la ville dans laquelle elle a grandi. Niveau contact avec l'extérieur, on a fait mieux. Ciel, une famille noire débarque dans sa ville : stupeur et tremblement. Ouhlala, une famille maghrébine débarque ensuite : diantre ! Fichtre ! On peut imaginer sa surprise de blanche parmi les blancs. En 2010, je donnais des cours à un gamin qui allait dans un collège privé bordelais et il m'a un jour dit une phrase qui m'a glacée : "moi les noirs et les arabes, si je veux en voir, je sais où aller, dans le rayon discount de chez Carrefour"... 14 ans en 2010 et le gamin me sort une phrase pareille ! Comment, nous, adultes, en 2016, pouvons-nous être toujours marqués par la différence de couleur de peau ? On n'a pas internet depuis 15 ans ? La télé depuis 45 ans ? Et... tout simplement des yeux et un cerveau ? J'ai été marquée par le travail génial d'une artiste madrilène, Angélica Dass, et son Humanae : en associant la couleur de peau de centaines de personnes à leur teinte dans un nuancier Pantone, elle a pu montrer que les limites Black-Blanc-Beur étaient floues, qu'il y avait finalement peu de différences d'une "catégorie" à une autre, et que même un Blanc pouvait avoir des centaines de carnations différentes. Ca fait réfléchir, non ? Ah, et question : je suis brûlée sur gavé de centimètres carrés, ce qui m'offre un joli camaïeu de rose-beigeasse-un-poil-marron... Suis-je encore blanche ? (oui, je sais, la démonstration par l'absurde, y a mieux)

Tellement différents, tellement pareils...
Nous sommes finalement tous dans le même bateau, quelle que soit notre peau. Et nous traitons différemment notre vision de ce bateau, selon notre religion (et encore). Mais nous sommes avant tout Humains, comme le montre notamment le fantastique "Human" de Yann Arthus-Bertrand. Alors pourquoi ne pas laisser les gens faire ce qu'ils veulent ? Et pourquoi ne pas appliquer une sage parole biblique, à valeur universelle : "Aimez-vous les uns les autres" (Jean 13:34) ? C'est niais-bobo-bisounours, mais ce serait teeeeeellement chouette si ça marchait. 

"La tolérance ne se décrète pas, c'est un travail quotidien"
(François Lenglet, L'Angle Eco du 04/02/2016)

Allez, Grobisou !

lundi 1 février 2016

#3 - C'est quoi ton métier, dis donc ?



Hey mon Ami,

A nouvelle insomnie, nouveau billet. Bon, je triche, celui-là me trottait quelque peu dans la tête depuis quelques jours ! Mais je profite d'un désintérêt total du marchand de sable pour ma petite personne pour enfin le mettre au propre. 1h30 (bien avant potron-minet), billet #3, c'est parti !
Moi c'est au chat que je parle dans ces cas-là...
Je suis au chômage, z'allez me dire "beh tu cherches dans quelle branche ? C'est quoi ton métier ?" Et c'est là que le bas blesse. Car avant d'être un métier, être chercheur est une vocation, une passion. Flash-back sur ma formation...

J'ai 14 ans, toutes mes dents (sauf les dents de sagesse) et une ambition à toute épreuve : après tout, on n'a pas grand chose à perdre à rêver quand on a 14 ans. On m'a parlé de Marie Curie : je commence à dévorer tous les écrits à son sujet, je rêve de touiller la pechblende qu'elle tripotait, d'être meilleure que le meilleur des hommes, d'améliorer le monde qui m'entoure... Elle m'impressionne ! Alors je rêve grand. Deux personnes centrales de ma vie d'alors m'encouragent : Papy me fait bosser les mercredis, Mamy parle de moi à tout le monde en disant fièrement : "elle ira loin ma p'tite fille". Et puis, pouf, la vie me rappelant qu'elle n'est pas toujours rose me retire ces deux soutiens en quelques mois. Mais je leur promets que j'y arriverai...

J'ai 18 ans, je me lance dans le monde universitaire, parce que je le trouve noble, égalitaire, méritocratique. Et Marie Curie n'était pas ingénieur, à ce que je sache... La licence m'ébranle une première fois : pas facile de valider des matières que tu ne comprends pas ! Est-ce que je suis vraiment faite pour ça ? A quoi ça rime ? Mais... j'ai de nouveaux soutiens, parmi lesquels des professeurs. Et puis, ça ira mieux après. Je quitte mon pays lorrain natal pour rejoindre le Bordelais : 35 heures de cours par semaine, 25 heures de boulot pour pouvoir vivre, 20-30 heures de potassage de cours... 

Piouuuu, la fac et le boulot, ça fatigue ^^
Hard core, mais je tiens : ça ira mieux après... Et zouh, j'ai un master en poche. Mais je ne sais pas si je dois faire une thèse : à quoi ça servirait, la crise est déjà là et la chimie va mal ? En même temps, quel boulot atteindre en étant chimiste organicienne de formation, sans expérience ? Je me sens si petite, si insignifiante, mais on me dit que je suis faite pour la recherche, que je serai talentueuse. Alors j'y vais. J'ai 23 ans et je pars à Toulouse, pour la dernière étape de mon cursus universitaire. Mine de rien, l'état d'esprit est différent de celui de mes 18 ans : la fatigue s'accumule, les déceptions aussi. Et la thèse n'aidera pas. 

Car être doctorant(e) en chimie, c'est beaucoup de solitude, debout à sa paillasse : des heures de purification de produit, des manips que l'on suit avec amour et qui ratent immanquablement, des essais, encore, des remises en question ("attends, pourquoi c'est vert alors que ça devrait être bleu ? Qu'est-ce que j'ai fait de travers ?" - probablement rien, mais c'est un réflexe de croire que c'est sa faute). C'est également courir entre les encadrements de stagiaires pas toujours au top, les encadrements de TP de licence (avec des p'tits jeunots qui t'appellent "Madame"), les formations obligatoires ("comment présenter son CV", "comment répondre lors d'un entretien", "outils pédagogiques"...), les associations (oui, c'est bien vu d'être dans un bureau d'asso), les conférences et autres séminaires. C'est corriger des TP le week-end, ou rédiger un papier/une comm/un poster. Mais, récompense, des fois, tu pars en congrès et ça c'est chouette !

J'me la pète à Philly :)

Tu vis thèse, tu manges thèse, tu dors thèse... Tous tes potes du moment sont thésards : les autres ne comprennent pas toujours ton quotidien... Tu stresses, parce que tout ça repose sur toi et sur ta motivation. Et une petite voix te dit : "et ma chérie, c'est pas fini, c'est le boulot qui veut ça. La recherche, c'est ça !" Glurps. Aïe. Ah bon ? Je ne vais jamais toucher terre ? Je vais courir en permanence ??? Mais ça, c'est après : pour le moment, tu continues, tu as un défi à relever. Pour ma part, je comptais les mois qui me séparaient de ma soutenance, en me disant que ça irait mieux après. Encore...

A noter que pendant tout ce temps, j'ai essayé de mener une vie normale : un petit copain, puis un autre ("THE ONE", remember ^^), des amis, des sorties où l'alcool coule à flot, un brin de shopping... Mais la famille, lointaine, doit patienter. Au début, ça va. Au fur et à mesure, ça pique... Et puis les années passent, tu dépasses les 25 ans, âge où tes premiers amis se marient, s'installent...

Mais la soutenance arrive. On est content et on enchaîne sur un post-doc car on ne s'arrête jamais à une thèse si on veut espérer avoir un poste un jour. Eeeeeeeeeet oui : tu as BAC+8, mais des centaines de personnes du monde entier également et les postes à pourvoir sont rares, alors la bataille fait rage. Il faut les meilleurs papiers, être parti à l'étranger, être revenu, avoir fait de bons congrès. Avoir la niaque. Malheureusement pour moi, c'est là que les pauvres restes de la mienne ont fondu... Je trouvais mes manips vaines, j'avais du mal à comprendre mon monde. La recherche en France ne roule pas sur l'or : il fallait en permanence faire attention aux dépenses et chercher des bourses, des financements, à droite, à gauche. C'était usant. Mes rêves de Marie Curie me paraissaient si loin... Je sacrifiais ma famille, mon bien-être au quotidien pour un espoir de "ça ira mieux après" toujours plus lointain. Je me sentais nulle, mauvaise, pas à ma place. Carrément con. Je tombais malade tous les mois, j'étais grassouillette. Et, truc de filles, je n'étais jamais fichue de garder un vernis à ongle nickel ! ^^ 

Ahummm...
Alors j'ai décidé qu'il me fallait une pause. Pour respirer, vivre un peu, prendre le temps de voir ma famille, mon chéri et sa petite puce (oui, je suis belle-maman), mes copains et leurs enfants. Pour faire du sport, manger sainement. Pour (re)définir mes priorités, mes envies, (ré)écouter mes ambitions, rêver de nouveau. Pour reprendre confiance en moi. Et me décider à changer de vie, de voie. C'est le plus difficile : je ne suis même pas sûre d'être capable de le dire à haute voix. "Je veux changer de carrière". Pour faire quoi ? De nombreuses possibilités s'offrent à moi, c'est l'avantage d'avoir un diplôme de docteur : je vous en parlerai plus tard. Mais il faut noter que je suis chanceuse d'être française : Pôle-Emploi est très compréhensif et les allocations, même peu élevées, permettent de prendre le temps de choisir sereinement...

Quand j'en parle autour de moi (oui, je commence timidement à le faire), on me dit "mais tout ça pour ça ? T'as 28 ans, tu fais 8 ans d'études pour un job que tu ne veux plus faire ? Et ça te fait pas mal ?" Non. Et pour mieux l'expliquer, je reprendrai les mots d'une blogueuse docteur qui a très bien décrit la situation : 

"Être Docteur c'est une fierté personnelle, un délicieux souvenir. Un rite initiatique de la vie. Mais c'est surtout un moyen d'ouvrir ton esprit, de développer ta culture et être plus ouvert au monde. Au final je ne te recommande pas la thèse et je ne te la déconseille pas. La thèse m'a appris la polyvalence, l'autonomie et m'a donné un potentiel. Choses que j'ai dites à mon recrutement: je n'ai pas de compétence précise, j'ai un potentiel de malade.
Si tu fais ce choix, sois conscient que cela sera dur, fatiguant et que tu découvriras qui tu es vraiment. Comme j'ai signé mes remerciements, une fois fini, c'est le premier jour du reste de ta vie."
Bon, moi, j'ai poussé jusqu'au post-doc, mais l'idée est la même. Je veux garder cette phrase : "je n'ai pas de compétence précise, j'ai un potentiel de malade". Voilà, vous savez tout, ou presque... Je vous laisse : il faudrait que j'aille dormir un peu pour profiter pleinement du premier jour du reste de ma vie ;)
Allez, Grobisou !